Ceciel, Tête en l’air…

 

Méfiez-vous des pharmaciennes

Tu te souviens Jolilecteur que la sécu et moi ça fait deux ?

Tu te souviens aussi que la pharmacienne avait tenté de me séquestrer il y a quelques jours, au motif que ladite sécu avait fait n’importe quoi avec mon dossier?

Et bien tu vas dire que je suis joueuse (oui je le suis), donc ce matin j’ai décidé de retourner sur le lieu de crime.

Pleine de bonnes intentions, le mystère de la sécu enfin résolu, j’ai décidé d’aller porter la bonne parole en territoire ennemi. J’ai nommé : la pharmacie.

Equipée de mon paquet king size de Kleenex blancs pour afficher mes intentions pacifiques, un sourire avenant aux lèvres, je franchis le seuil de l’épicerie.

Un bon point : l’alarme ne s’enclenche pas. Je ne suis donc pas fichée au grand banditisme.

Deuxième bon point : aucune épicière du médicament ne hurle « hauts les mains » lorsque j’approche du comptoir. Je me croirais presque en territoire ami.

Presque.


Détachée, j’avise l’une des épicières et lui demande poliment une crème destinée à apaiser les gencives des bébés en pleine poussée dentaire. Elle me l’apporte. Jusqu’ici tout va bien. J’ai noyé le poisson. On va pouvoir attaquer les choses sérieuses.
Encouragée par ces échanges courtois et dénués de toute tentative de boundage minute, je me lance :

- « Je voulais vous dire…je viens aussi parceque vous avez eu du mal à vous faire rembourser le lait au caviar de Jolibébé à plusieurs reprises. J’ai fait le point avec la sécu et la mutuelle, c’est une erreur humaine qui a provoqué le crash, mais tout est résolu à présent. Voici un numéro de fax où envoyer vos factures impayées, ils vous rembourserons rubis sur l’ongle, promis. Chuis gentille de venir vous zexpliquer tout ça, nan? »

Là, le silence se fait. L’épicière n°1 se tourne vers l’épicière-en-chef :

- « Hé Rolande la dame qui paye pas son lait super cher est là. On la tient!« 

Puis se tournant vers moi, elle me désigne du mention la Rolande :

- « Vous allez vous expliquer avec elle ».

Je commence à rougir. A suer. J’enlève mon manteau. La vache il fait chaud dans cette pharmacie, non?

De vieilles images de pions abusifs et de professeurs tyranniques affluent. Je me sens prise au piège. Elle est où la sortie? Ah, derrière le gros monsieur baraqué avec les bras croisés sur le torse. D’accord, j’ai compris. Je reste.

Rolande enfin daigne amener son auguste derrière jusqu’à moi.

- « Alors c’est quoi cette histoire Madaaaaame Ceciel (gasp, elle connaît mon nom par coeur. Si ça se trouve elle a punaisé une photocopie de ma Carte Vitale dans son salon et elle joue aux fléchettes avec tous les soirs) ? J’ai appelé votre mutuelle. Ils sont formels : votre fille n’existe pas. »

- « Heu…je vous affirme que ma fille existe. Elle fait même des cacas bleus à cause de son lait au caviar, et elle pousse des cris stridents à se demander si elle a pas mangé un boitier anti-jeunes. Alors je vous jure qu’elle existe. Pour mon nez et mes oreilles ça ne fait aucun doute en tous cas ».

- « Faites pas l’idiote, je me doute qu’elle existe votre fille. Mais pour la mutuelle, ya pas de Jolibébé Nomdepapa enregistré. Ils ont été formels, Madaaaaame. J’en conclue que vous avez abusé de notre gentillesse en nous assurant que nous pouvions vous appliquer le tiers-payant sur des sommes aussi importantes (Tu m’étonnes il y en a pour 600 euros de lait au bas mot. Peut-être même qu’à la City, c’est la nouvelle matière première à la mode pour tous les spéculateurs aux dents longues). Je vais donc vous demander de vous acquitter de cette somme immédiatement, (sale petite voleuse). »

- « Il doit y avoir un malentendu, j’ai régularisé la situation il y a 10 jours. La sécu avait fourvoyé la mutuelle qui avait refusé vos paiements. Maintenant tout est rentré dans l’ordre, je vous dis. »

- « J’ai appelé il y a 2 jours, ils m’ont confirmé que votre fille n’existait pas. Alors vous payez et plus vite que ça. »

Obstinée (le western de la veille doit y être pour quelque chose) je ne lâche pas le morceau.

- « Je refuse. Appelons ensemble la mutuelle, vous allez voir que c’est un malentendu. »

- « Si vous le dites. Allons-y… »

Derrière moi, la queue des clients impatients s’allonge prodigieusement. Rolande pianote laborieusement sur son téléphone. Attends 5 minutes avant qu’un interlocuteur ne décroche. Elle explique le problème. Le monsieur vérifie sur son ordinateur et lâche sa bombe :

- « Madame je vous confirme que Jolibébé n’existe pas pour nous. Madaaaame Ceciel vous doit effectivement plein de sous ».

La Rolande me regarde, prête à bondir sur ma carte bleue. Je lui chipe le téléphone.

- « Monsieur-de-la-mutuelle, pour ton information je paye la mutuelle Gold qui déchire sa race depuis 6 ans. Je t’ai envoyé un extrait d’acte de naissance 48 heures après l’arrivée sur terre de mon trésor. Et j’ai passé environ 1 milliard de coups de fils à tes collègues la semaine dernière pour régulariser la situation, donc tu es gentil mais tu secoues ton ordinateur jusqu’à ce qu’il confirme à Rolande que je peux sortir de son officine sans menottes, okay?! »

Le monsieur, bredouillant :

- »Ah…dans ce cas je ne suis pas le bon interlocuteur. Je vous envoie vers Madame Machin ».

 

Bien entendu, Madame Machin aussi soutient que ma fille n’existe pas. Devant mes protestations, elle entreprend toutefois de creuser un peu la question. Et là, c’est le drame. Elle m’apprend que :

- « Mais ici vous êtes au centre de Levallois-Perret. C’est pas du tout le bon service! Appelez au ………. ».

 

Là, je vois ma Rolande qui fulmine sévère (et encore elle sait pas que la communication soût 35 euros la minute). J’ai l’impression d’être le croisement entre un énorme étron et l’antéchrist, là, au milieu de sa pharmacie.

Mais je ne me démonte pas. Je compose le numéro. Je tombe sur une femme charmante :

-  » Mais Madaaame Ceciel, je ne comprends pas…(Pause pleine de nervosité et d’hésitation). Euh…comment vous dire? Votre fille elle est morte, non? »

Ebahie, je lui raconte l’histoire des cacas bleus et du boîtier anti-jeunes. Elle se ravise :

- « Ah pardon j’ai confondu avec votre fils. En fait je crois qu’on a appliqué à votre fille le dossier de votre garçon. « 

Un ange passe. Rolande regarde ailleurs. Moi j’ai plus chaud que jamais. Magnanime, je poursuis :

- « Bon, passons. Avez-vous trace de mes appels, courriers, mails, des 10 derniers jours? ».

- « Ah non. Attendez. (froufroutement de piles de papiers, discussions à voix basse, exclamations incompréhensibles…). Oui je viens de tout retrouver. Excusez-moi, à cause des vacances votre dossier n’a pas été régularisé, ce qui explique les informations erronées transmises à votre pharmacienne ».

Je regarde la Rolande droit dans les yeux. Elle baisse les siens. La victoire est proche. Tel le torero, je lui livre le coup de grâce :

- « Madame mutuelle, puis-je te passer cette counnasse de Rolande pour que tu lui confirmes bien de façon circonstanciée que oui je paie cher une mutuelle Gold qui rembourse le lait au caviar, que oui ma fille est vivante ET enregistrée sur ton putain d’ordinateur, et que oui j’ai le droit de sortir de cette épicerie de merde sur le champs ? ».

Madame mutuelle s’éxécute. Rolande tente une ultime intimidation avec Madame mutuelle :

- « Pouvez-vous me donner votre ligne directe et votre nom afin que je puisse y faire référence dans mes courriers en cas de problème ? »

Bonne fille, madame mutuelle s’éxécute. Rolande reste séchée sur place, le stylo en l’air, consciente qu’elle vient de perdre un excellent client consommateur de lait au caviar.

J’enfile mon manteau. Je prends mon sac. Un dernier regard de dédain pour Rolande, je referme la boîte du Cluedo et je quitte la cuisine du colonel Moutarde sous un soleil radieux.

 

Belle histoire. Tout aurait pu s’achever à ce moment du récit.
Sauf que.

Sauf que, une fois arrivée chez moi, en cherchant mes clés je sens un contact curieux dans mon sac. J’attrape l’objet non-identifié et me décompose : la crème dentaire de Jolibébé.

Que je n’ai jamais payée, puisque l’épicière n°1 n’est jamais allée au bout de notre échange.

Moralité : 6,50 euros, ce n’est pas cher payé l’humiliation et le temps perdu. Mais j’accepte volontiers cette aimable compensation, ma bonne Rolande.

voleur.jpg

Dans : Ceciel blablate
Par ceciel
Le 29 avril, 2008
A 0:01
Commentaires : 8
 

8 Commentaires

  1.  
    Maman Violette
    Maman Violette écrit:

    ET BEN VOILAAAAAAAAAAA: c’était la fautes des VACANCES!!
    Jubile Ceciel, tu ne l’as pas volée cette crème!!!!!! … et bon courage pour les quenottes de Jolibébé!

  2.  
    Maman Violette
    Maman Violette écrit:

    aaah, comment on fait pour éditer la vilaine faute d’orthographe???

  3.  
    Mlle Gima
    Mlle Gima écrit:

    A ta place je ferais une copie de ce joli courrier à ta mutuelle en exprimant ton ecoeurement d’avoir été traité ainsi en public et que la moindre des chose pour compenser cette humiliation serait de faire un geste de leur part.

    Car si tu as un fils décédé il n’empêche que t’a fille elle est toujours là -____- Qui plus ets maintenant tu es obligée de changer de pharmacie car on te coïncidere comme une voleuse.

  4.  
    Laura
    Laura écrit:

    wow quelle histoire ! un vrai scénario de film

  5.  
    meluzynn
    meluzynn écrit:

    Hallucinant… oO

    Qu’ils aient confondu le dossier de ta fille avec celui de ton fils, j’avoue, ça me laisse sur le cul…

    Et le tort moral dans ce genre de «  »" »"confusion »" »", ça vaut pas plus que les 6.50 euros de cette foutue crème ?

  6.  
    virg
    virg écrit:

    pffiou quelle histoire!!!
    Et tu t’en es bien sorti en plus chapeau!
    Va vraiment falloir que je régularise avec ma sécu,parce que je sens qu’il va m arriver aussi des bricoles!

  7.  
    ceciel
    ceciel écrit:

    Maman Violette : merci pour les encouragements…en effet Jolibébé ne nous a laissés tranquilles que une nuit sur les 8 dernières à cause de ses dents…(et pour la faute d’orthographe tu ne peux rien faire. je ferme les yeux)

    Laura : t’as vu je t’ai pas menti samedi. Ma vie est un roman. Et tout est rigoureusement vrai. Too bad.

    Meluzynn : c’est clair que le temps et l’énergie passés à rattraper les erreurs de la sécu, celle de la mutuelle, ça mériterait compensation. Sans compter les intérets du fric qu’ils mettent des plombes à me rembourser. Le monde est une jungle.

    Virg : oui grouilles-toi de régulariser. Autrement on créera un groupe sur Facebook, genre « la sécu me tyrannise et j’aime ça ».

  8.  
    ceciel
    ceciel écrit:

    Melle Gima : je devrais, je pourrais…mais je vais laisser tomber. Pas envie de raconter ma laïfe encore et encore. Je viens d’y passer 15 jours alors basta. Je me tourne vers l’avenir radieux avec optimisme;-)

Répondre

 
 

UN AN DE MA VIE |
angelca29 |
Monde en noir |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | A JEUDI
| youmeinthesky
| Tentation