Ceciel, Tête en l’air…

 

Pénélope et Paloma

Vous en avez sûrement entendu parler, de ce livre d’Anne-Marie Revol sorti en octobre dernier, « Nos étoiles ont filé« .

Depuis plusieurs semaines, le lire me trottait dans la tête. Une sorte d’attraction-répulsion pour le drame me faisait hésiter.

L’histoire? Pas une histoire, malheureusement. Juste la triste réalité d’une maman écrivant des lettres à ses deux filles de 16 et 24 mois, décédées en août 2008 dans l’incendie de la chambre où elles passaient des vacances chez leurs grands-parents.

Pas folichon, non. Cruel et triste, un peu voyeur aussi sans aucun doute. Mais bien entendu, vous vous en doutez, le fait divers n’est pas ma passion. C’est plutôt ma curiosité pour la lente progression que font les parents endeuillés le long de cette interminable échelle qui mène à l’apaisement.

Et puis finalement, j’avais décidé que non, je ne le lirai pas. Pas envie de me faire mal, pas envie de secouer à nouveau toutes ces pensées tristes qui m’assaillent -de moins en moins souvent, heureusement – lorsque je pense au grand frère que mes deux petits chéris ne connaîtront jamais.

Bref.

Je me suis faite rattraper par Elle. Et oui, devinez qui m’attendait sagement dans le colis envoyé par le magazine ce mois-ci pour le jury du prix littéraire ? Ce livre, précisément.

J’y ai vu un signe. Tu n’y couperas pas, ma grande, je me suis dit. Et je me suis mise à la lecture après quelques jours à tourner autour de ces 396 pages.

Sans surprise, je me suis fait embarquer par un tsunami. Dès la 3e page j’étais ravagée. Tenace, je me suis dit : « Quitte à te faire engloutir, vas-y, termine ce bouquin rapidement et on n’en parle plus ».

J’ai donc passé la journée en transit entre ma vie et leur mort. J’ai lu chaque lettre, j’ai compris chaque mot. Chacun des mots, vraiment. Parceque tout me parlait, je comprenais tout, je touchais du doigt chaque instant chaque détresse chaque larme.

Et surtout j’ai retrouvé cette phrase qui fait mal, celle que j’avais entendu Anne-Marie Revol prononcer à plusieurs reprises lors d’une interview radio : « Je leur écrit car je ne sais pas où sont mes filles. Je ne sais pas où elles sont.« . Si vous saviez combien de fois j’ai prononcé ou pensé ces mots, moi aussi.

Cela dit, je reste lucide. Même si la douleur d’Anne-Marie Revol trouve un écho terrible en moi, je sens bien que je suis encore loin du compte avant de mesurer ce qu’elle a pu ressentir.

J’ai fini le livre tard dans la nuit, en pleine flaque de moi-même. Les prénoms de Pénélope et de Paloma restaient flotter dans ma tête. Ils m’ont accompagnée toute la nuit durant. Ils ont imprégné mes rêves, mes réveils, et lorsque Joliepetite en pleine -énième- crise d’asthme a débarqué dans notre lit au coeur de la nuit j’ai remercié le ciel et je me suis endormie le nez dans son cou et sa petite jambe enroulée autour de la mienne

Au matin j’ai englouti Monsieur Sourire de baisers sonores et quelque part un peu despespérés, voulant -encore et toujours- retenir la nuit, retenir ce jour, retenir la vie qui s’enfuit.

Et puis finalement, rapidement, le quotidien trivial a encore gagné la bagarre contre la philosophie amoureuse.

Dans le rush du matin blême de décembre, il n’y avait plus de chauffage chez nous, plus d’eau chaude non plus. Une joliepetite nerveuse et provocatrice nous agaçait les nerfs. Une pile de travail m’attendait sur le bureau. La neige tombait à gros flocons au-dehors.

J’étais de retour.

Dans : Ceciel blablate
Par ceciel
Le 7 décembre, 2010
A 17:06
Commentaires :1
 

1 Commentaire

  1.  
    Tania
    Tania écrit:

    J ai lu ce livre aussi…
    Et j’ai beaucoup aimé. J’avais peur de tomber dans un truc hyper pathos et pas du tout.
    Moi aussi j’ai mangé de baisers mes deux petits gars les jours qui ont suivis. .. et je continue.

Répondre

 
 

UN AN DE MA VIE |
angelca29 |
Monde en noir |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | A JEUDI
| youmeinthesky
| Tentation