Ceciel, Tête en l’air…

 

Babette et la liberté des mères

Et oui, Babette, c’est Elisabeth Badinter. Non je suis pas sa copine perso, mais quand j’entends ce qu’elle dit j’ai envie de lui rouler des pelles et d’organiser des soirées pyjamas.

J’ai bien vu que ça faisait pas le même effet à tout le monde, yen a qui lui jetteraient plutôt des pierres, mais moi son bon sens me fait de l’effet et puis c’est tout.

Le truc avec Babette, c’est qu’elle a écrit un livre (sorti jeudi dernier et déjà introuvable dans les librairies de mon quartier) très séditieux à l’époque actuelle puisqu’elle rappelle que l’invocation de la nature à tout propos pour justifier le nouvel esclavagisme volontaires des jeunes mamans est un peu une belle connerie.

Son résumé est là : http://www.myboox.fr/actualite/la-femme-libre-selon-elisabeth-badinter-1161.html

Bon, là, ça commence, je sens que je ne vais pas me faire que des coupines. Mais bon, si on dit pas ce qu’on pense sur un blog, où le ferait-on?

En gros, son idée (j’ai pas lu le livre mais j’ai écouté attentivement ses propos) c’est qu’il n’est pas totalement débile de refuser de se comporter en femelle animal à l’arrivée de l’enfant dans le foyer. C’est à dire, cesser de vivre normalement afin de pouvoir allaiter en mode « open-bar bébé », renoncer à toute ambition professionnelle voire cesser de travailler, s’auto-réduire en esclavage grâce aux sacro-saintes couches lavables et autres fausses bonnes idées dans la série « tout pour mon enfant, no future pour maman ».

L’ennui avec cette critique, c’est qu’elle a l’air de casser la gueule aux partisans d’un mode de vie plus écolo : que nenni!

Moi aussi j’aime manger des purées bio et j’ai envie de passer du temps avec mon enfant tout en sauvant la planète. Mais tout est question de mesure et d’équilibre. Jouer la baby-sitter exclusive de ses enfants pendant 6 ans et se transformer brutalement en Cendrillon domestique au nom de fantasmes de perfection ménagère dont l’efficacité réelle reste à prouver…hum. Allez, ça ferait pas un peu de bien de penser un peu à soi, lire quelques bons livres, passer un week-end entre copines, coucher les enfants dans leur lits et leur dire d’y rester?…Avouez…

Et voilà comment Babette m’a déridée alors que je commençais à me sentir méchamment mal à l’aise dans un monde où tout le monde te regarde de travers si t’as pas allaité au moins 6 mois, pris un congé parental, adopté les couches lavables, pris un abonnement dans une AMAP, et/ou accouché à domicile. Alors je crie ma joie de ne pas être seule à trouver légèrement rétrograde cette tendance à l’asservissement volontaire.

Mais ce que dénonce Babette et qui me touche, c’est ce saut éperdu dans l’abnégation la plus totale vis-à-vis de son môme, sans aucune réserve, comme on entre en religion. Comme si seuls nos hommes (car bien entendu, ce sont toujours ces gourdes de nanas qui s’asseyent sur leurs rêves, les mecs, eux, doivent être sacrément mieux que nous pour qu’on s’oublie systématiquement devant leurs désirs) méritaient d’avoir une vie bien à eux.

Allez, avouez, combien d’entre vous ont choisi leur job et leur temps de travail pour leur intérêt réel ? Vu ce que j’entends autour de moi et sur les forums, j’ai plutôt l’impression que les filles de mon âge aujourd’hui sont à la recherche de la meilleure planque possible.
Comme si cela allait nourrir toute une vie professionnelles (censée durer 42 ans au bas mot, je vous le rappelle alors que vos enfants vous occuperont à plein temps…10 ans pour les plus indécrottables). Comme si à l’heure des bilans, ces 10 années passées à la maison à saper nos propres chances de devenir quelqu’un pesaient bien lourd dans la balance…

Oui, on sera fières de dire à nos enfants  » j’ai fait le maximum pour toi ».

Mais que penseront-ils de mamans qui en revanche, n’ont finalement rien fait pour elles-mêmes, et encore moins pour la liberté et l’indépendance des femmes ?

Dans : Ceciel blablate
Par ceciel
Le 15 février, 2010
A 9:42
Commentaires : 24
 

24 Commentaires

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  1.  
    Chocol
    Chocol écrit:

    Je suis curieuse de lire son bouquin! J’adhère pas mal à vrai dire… y a comme un air ambiant hyper culpabilisant pour la maman qui ne ferait pas « tout » pour son môme et ça me pose un vrai souci!
    Après avoir passé 10 mois à garder Léo, je crois que je peux dire que ça n’est pas fait pour moi!!! J’ai trop besoin de faire et voir autre chose! Le seul truc qui est vraiment pénible à gérer pour pouvoir vivre sereinement c’est le mode de garde!

  2.  
    ceciel
    ceciel écrit:

    Tu me réchauffes le coeur; je pensais me faire incendier de tous les côtés pour cet article pas très politiquement correct. Mais j’en pouvais plus d’ouvrir des yeux ronds devant les tonnes d’injonctions qu’on entend en ce moment; à croire que les journées de ces nanas font 28 heures : couches lavables, liniment maison, purées maison, 14 mois d’allaitement à la demande etc. A ce stade tu te demandes vraiment si ya pas un peu de masochisme caché derrière.

  3.  
    Fantomette
    Fantomette écrit:

    Disons que je suis sceptique concernant ce bouquin, qu’on force une femme à allaiter / biberonner, utiliser des couches lavables / jetables, rebosser à 10 semaines / prendre un congé parental jusqu’aux 3 ans de l’enfant, je trouve ça ridicule, mais quand c’est choisi, je vois pas où est le problème et pourquoi dénoncer ça…
    Je ne me sens pas rétrograde à allaiter mon bébé et lui faire porter des couches lavables tout en ayant pris un congé parental, c’est ce qui me convient le mieux et je sais que ce que je fais est bon pour lui, n’est-ce pas là l’essentiel ? Être en accord avec ce qu’on fait et faire du bien à son enfant ?
    Une copine n’a jamais donné une goutte de son lait à ses filles, a mille fois préféré sa césarienne à sa voir basse et était ravie de retourner bosser quand ses filles avaient 3 mois, elle est en accord avec ce qu’elle fait et elle aime profondément ses enfants, et elle n’est ni une meilleure mère ni une femme plus épanouie que moi et inversement.
    Et elle a pris dans la tronche qu’elle n’a pas fait le meilleur pour ses enfants et qu’on fait pas des mômes pour s’en débarrasser chez une nounou, et moi je prends dans la tronche que je suis esclave de mon môme, et que là faut le sevrer ça devient incestueux.
    Alors que bon, est-ce plus féministe de rester chez soi élever son gamin par choix, ou de retourner bosser pour un patron qui paierait n’importe quel mec 20% plus cher juste parce que c’est un homme ?
    Je me mets à mon compte à la rentrée prochaine, avec comme principale motivation de bosser de chez moi pour élever mon fils et pouvoir continuer à l’allaiter, les femmes de la génération de mes parents / grand-parents trouvent ça normal (c’est le boulot de la femme la maison et les gosses, non ?) et celles de mon âge trouve ça dommage (esclave de mon môme, ambition etc.), personne pour s’en foutre et juste trouver que c’est bien que j’aie trouvé la formule qui me plaît…
    Pourquoi dénoncer ça alors que l’allaitement, surtout long par exemple, reste minoritaire, que l’utilisation des couches lavables est principalement critiqué par ceux qui ne les utilisent pas, que beaucoup de femmes regrettent les contraintes financières qui les contraignent à retourner bosser avec un bébé de 10 semaines (rien n’empêche celles qui le souhaitent à y retourner plus tôt)…
    Bref, chacun voit midi à sa porte, les femmes qui n’allaitent pas et retournent bosser tôt en prennent plein la tronche, celles qui font l’inverse aussi, c’est dommage de stigmatiser et de pas faire passer comme message que chacun fait ce qu’il veut avec ses nichons / son boulot et les géraniums seront bien gardés.

  4.  
    Fantomette
    Fantomette écrit:

    Ha oui, et pour les journées de 28h : je fais aussi mon liniment maison (hé oui, je suis irrécupérable…), ça prend 10 minutes pour faire la dose pour au moins 2 mois, les couches lavables, ben franchement, ça me prend pas vraiment de temps, je les lave avec le reste du linge et les étend aussi en même temps, ça doit faire l’équivalent en temps d’une machine totale à lancer et étendre par semaine, et mon fils (de seulement 3 mois) est allaité à la demande, et je trouve ça drôlement chouette de pas se taper de vaisselle de biberons et de pas regarder l’horloge, et de voyager léger, très sincèrement je vois pas de « vraie » contraintes dans les choix que j’ai fait, hein, je dis pas ça pour la jouer mère parfaite et super organisée, c’est pas du tout le cas.
    Peut-être que quand on fait les choses par choix et non pas par contrainte, on ne voit pas les contraintes que nos choix entraînent, c’est peut-être pour ça que je ne vois pas où est l’esclavage dans tout ça.

  5.  
    ceciel
    ceciel écrit:

    Fantomette, je suis d’accord avec toi, chacun voit le bonheur d’une manière différente, et si tes choix te rendent heureux tout va bien, évidemment. Simplement je trouve la démarche de Badinter intéressante sous 2 aspects :

    - le courant dominant aujourd’hui est de culpabiliser les mères qui n’agissent pas « Nature », alors que les working woman sont prises pour des mauvaises mères (suffit d’aller se balader un peu sur les forums de discussion ou de passer 15 min. à discuter avec de jeunes mamans). Le livre de Badinter a le mérite d’émettre des critiques sur un modèle et de redonner leur place aux mamans comme moi qui ont fait d’autres choix et s’en trouvent très heureuses.

    - Attention à ne pas tomber de haut une fois les enfants hors du nid. Il ne faut jamais oublier qu’on élève les enfants pour les voir partir un jour. C’est un poids très lourd pour un enfant d’être la « raison de vivre » de sa maman. C’est une fille de maman au foyer qui te le dit…

  6.  
    Fantomette
    Fantomette écrit:

    Ha mais je suis d’accord, je cherche pas à m’accaparer mon fils, hein, je lui souhaite de trouver son bonheur (affectif, professionnel,…) sans ses parents, et je ne ferai rien pour freiner son autonomie (déjà ce petit ingrat sourit à tout le monde et se barrerait avec le facteur si on le laissait faire, tss tss, aucune reconnaissance exclusive à ses parents), j’ai fait un enfant, pas un bâton de vieillesse et l’idée d’avoir un Tanguy m’amuse pas plus que ça.
    Après, je crois que TOUT LE MONDE en prend plein la gueule, quels que soient nos choix, on est sans cesse remis en cause, moi j’en prends plein la tronche parce que je vais rendre mon fils capricieux à ne pas le laisser pleurer (pis ça lui fera les poumons, si, si c’est un muscle, vous saviez pas ?), si ça se trouve mon lait il est pas bon (mon fils et ses trois mentons vous assurent qu’il est assez nourrissant) voire qu’il l’est trop (ha oui, mettons nos bébés au régime, comment ça le papa était déjà un énorme bébé ? Mais non, la génétique joue pas, voyons), une copine qui vient de sevrer son bébé de 4 mois se prend de droite et de gauche à la fois des « Il était temps, c’est quoi cette lubie des femmes d’allaiter jusqu’à 12 ans ! » et des « Quoi, mais tu pourrais au moins tirer ton lait au boulot, tu peux quand même faire ça pour ton fils ! ».
    De toutes façons, si tu as un enfant cool, gentil, souriant, poli, tu as juste de la chance, si tu as un enfant râleur, pleureur, menteur, c’est que tu l’éduques mal…
    Bref, j’arrête les exemples, mais vu que par rapport à toi je fais les choix plus ou moins opposés, je peux t’assurer que c’est pas les mamans pas « nature » qui sont culpabilisées, c’est toutes les mères, tu auras toujours une collègue / belle-doche / cousine / … pour critiquer ce que tu fais quelle que soit la façon dont tu élèves tes gosses.
    C’est juste que quand on fait des choix, on ne se voir critiquer que par ceux qui ont pas fait les mêmes, donc on voit pas que ces gens là en prennent aussi plein la gueule.
    Mais je lirai son bouquin, mon père (qui est très féministe et très soutenant de ma façon de faire avec mon bébé) est un inconditionnel de Badinter (monsieur et madame) et depuis qu’il a taillé le bout de gras avec madame à une inauguration, il laissera personne toucher à un de ses cheveux, et il m’a dit qu’il allait m’offrir le bouquin, je verrai donc de quoi il en ressort…

  7.  
    Chocol
    Chocol écrit:

    J’imagine bien que la Babette charge un peu au passage ;-)
    Maintenant, je rejoins Céciel sur un point: sur les forums, le courant « nature » est très fort et souvent moralisateur et culpabilisant! Et pourtant je me sens proche de certaines pratiques mais effectivement j’ai du mal avec cette pression et je suis peut être très égoïste mais je suis persuadée que le bien être de ma Léo passe aussi par mon bien être et mon épanouissement! En l’occurrence voir et faire d’autres choses et surtout être en harmonie avec ses choix!

  8.  
    ceciel
    ceciel écrit:

    C’est drôle je m’aperçois qu’on a toutes l’impression d’être culpabilisées dans nos choix, quels qu’ils soient. Peut-être qu’on entend plus facilement les critiques que les compliments…ou peut-être que les gens ne savent plus ce que c’est de faire des compliments.
    Moi par exemple je trouve que je m’en sors pas si mal avec ma petite entreprise, mais famille qui s’agrandit, et ma Joliepetite plutôt bien dans ses baskets…et bien je n’ai pas le souvenir d’avoir entendu une seule fois quelqu’un me dire « Chapeau! » (à part mes parents, mais eux ce sont mes groupies!).
    Pire : de très bonnes amies m’ont dit qu’elles ne pourraient jamais mener la vie que je mène, comme si je vivais en enfer parceque j’ai choisi d’avoir un job à plein temps en plus d’être maman. Alors que pour moi, l’enfer c’est faire un job qu’on déteste et pour lequel on n’a aucune reconnaissance, mi-temps ou pas.

    Et pour finir, Fantomette, merci pour cet échange sympathique et pas sectaire. D’ailleurs j’en profite pour souligner que j’ai allaité (3 mois mais c’est pas si mal) et que je recommencerai pour le junior. Simplement, j’espère qu’il y aura des gens pour me dire « Bravo Céciel » quand je reprendrai le boulot.

  9.  
    Fantomette
    Fantomette écrit:

    Chocol : oui, le courant des mères parfaite est relou, mais elles sont partout, pas que chez les « nature » ! Ma belle-mère m’en fait voire de toutes les couleurs sur la façon de faire les choses, alors qu’elle est une maman des années 70 où on ne parlait même pas aux bébés et où on s’en occupait sans émotion dans les yeux pour pas les rendre capricieux !
    Et oui, le bien-être d’un môme passe aussi par le bonheur de ses parents à s’en occuper (ou pas, quel bonheur d’enfin pouvoir le coller au lit à 21h et de passer des soirées entières avec que mon mec sans bébé), je suis entièrement d’accord avec ça.

  10.  
    IsabelleDeLyon
    IsabelleDeLyon écrit:

    Je te lis depuis quelques temps mais je crois que c’est la première fois que je publie un commentaire sur ton blog que j’apprécie.
    Je viens de commander ce livre sur amazon dès que j’ai eu terminé la lecture de ton article.

    Je suis maman de 2 enfants ayant fait le choix de continuer à travailler à 80%, je suis cadre, j’aime mon boulot. Je ne suis pas faite pour rester maman à temps complet, je m’ennuie et je les aime mes filles.

    Je suis entièrement d’accord avec ces propos. Tant que les femmes ont le choix, c’est plutôt bien qu’il y ait différentes façons de se vivre maman. Mais comme elle, je ressens une pression pour que maman parfaite aille avec allaitement, couches jetables, porte bébé en coton équitable, purée maison et si on continue dans cette voie, éducation sans fessée (parents conscients), instruction à la maison.
    Pour ma 1ère fille née fin 2001, j’ai vraiment eu l’impression qu’il n’y avait pas encore ce dictat. Ca se mettait doucement en place. Il suffisait d’aller sur un forum de jeune maman pour être orientée sans vraiment le vouloir vers la lll et cie.
    Pour ma 2nde fille, j’étais convaincue que c’était ça que je voulais pour elle.
    Elle a été allaitée 15 mois mais je suis trop paresseusse pour être tombée dans les boules de lavage, les couches lavages, le liniment fait maison. Et puis je suis revenue de tout ça, j’ai eu l’impression de ne plus être libre de mes choix. Si je voulais être reconnue comme une bonne mère, c’est ça que je devais faire.

    Avec le recul, je pense qu’il y a une forte pression de ces associations, de ces mères qui ont tout consacré pour leurs enfants pour que les autres suivent le mouvement. C’est un peu un retour de leur investissement personnel, un peu une preuve qu’elles ont montré le bon chemin, qu’elles peuvent être fière de leur abnégation.

    Merci Elisabeth Badinder de remettre les choses à leur place et de rappeler que nous avons le choix, que nous devons nous le donner. Quels que soient nos choix, nous serons des mères comme les autres, imparfaites mais ayant fait de notre mieux sans s’oublier.

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